EPFL et classements mondiaux: la force grandissante de la réputation

Cette année, l’ingénierie de l’EPFL a gagné des places dans deux des principaux classements académiques des universités, tout en restant stable dans le troisième. La raison : l’amélioration de sa réputation au niveau international, et le maintien des bonnes performances en termes de publications et de citations. Fraîchement terminé et basé uniquement sur des données bibliométriques, le ranking par discipline QRED, effectué par la faculté des sciences et techniques de l’ingénieur (STI), donne lui aussi des résultats très positifs en 2012, en ce qui concerne la Bioingénierie et la science des matériaux.

Dans les trois principaux classements mondiaux des universités que sont l’Academic Ranking of World Universities (ARWU), le QS World University Rankings (QS) et le Times Higher Education World University Rankings (THE), l’EPFL figure dans les 30 premiers rangs en matière d’ingénierie. Mieux encore : l’Ecole ne cesse de gagner des places d’année en année. Comment expliquer les bons résultats 2012? Petit coup d’œil à la manière dont l’EPFL évolue dans chacun de ces classements. 



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QS ranking : une meilleure considération de la part des employeurs et des publications de qualité
A commencer par le QS et le THE, publiés conjointement entre 2004 et 2009, et maintenant indépendants. Tous deux accordent une place essentielle à la réputation d’une Ecole au niveau international, ce qui a très longtemps pénalisé l’EPFL. Mais la tendance est en train de s’inverser progressivement depuis 2007. L’année 2012 apporte même de bonnes surprises.
Au sein du QS, qui analyse près de 2500 universités, l’Ecole est notamment passée de la 28e à la 22e place entre 2011 et 2012 dans la catégorie Engineering and Technology, tout en conservant sa sixième place au niveau européen. En y regardant de plus près, on constate que cette progression s’explique d’une part par l’augmentation du nombre de citations par publication, qui est passé de 4.91 à 5.55, mais également par une meilleure réputation de l’Ecole auprès des employeurs, ainsi qu’auprès des pairs, deux critères qui comptent pour près de 50% du score total. Il apparaît ainsi que la réputation, déduite d’enquêtes menées auprès d’employeurs et de scientifiques du monde entier, a largement pesé dans la balance. Preuve en est le graphique ci-dessous, qui concerne l’EPFL dans son ensemble mais qui est représentatif de ce qui se passe en ingénierie, selon les spécialistes.

« L’EPFL devient de plus en plus visible sur la scène internationale, grâce au travail effectué en termes de relations publiques, mais aussi grâce à la visibilité de certains projets phares tels que le Human Brain Project ou le Clean Space One, qui ont fait la Une de plusieurs médias dans le monde », note Dimitrios Noukakis, spécialiste des classements académiques internationaux à l’EPFL. « Nous attirons par ailleurs des professeurs très connus, qui donnent à leur tour une bonne visibilité à l’Ecole. »  

Times Higher Education : une amélioration substantielle
La tendance à la progression se confirme dans un autre classement : le Times Higher Education (THE), qui n’a pas encore sorti ses résultats 2012.
Dans ce classement, la réputation pèse pour plus d’un tiers parmi les critères, qui portent sur l’enseignement, la recherche, les citations ou encore la dimension internationale. Entre 2010 et 2011, L’EPFL est passée de la 44e à la 20e place sur 200 universités en lice, dans la catégorie ingénierie. Ce qui lui permet de se placer 5e au niveau européen, derrière l’université de Cambridge, celle d’Oxford, l’EPFZ et l’Imperial College. La raison de la progression de l’EPFL ? Une forte amélioration de sa réputation internationale en termes de recherche et d’enseignement, mais aussi une belle performance en matière de citations (86,5 points sur 100).

THE: la réputation et la jeunesse des universités
Les progrès sont également vérifiables dans deux classements « spéciaux », effectués en parallèle par les responsables du THE.
Le premier se focalise uniquement sur la réputation des institutions, éliminant tout critère objectif. Là encore, l’EPFL dans son ensemble s’est améliorée. En 2011, elle figurait dans le groupe des « 71-80e rang » et en 2012, dans celui des « 61-70e rang ».
Conscients de la pénalité que peut représenter le critère réputation pour les universités de moins de 50ans, telles que l’EPFL, les statisticiens du THE ont créé encore un autre classement cette année. Il comprend les 100 plus jeunes universités du classement général, et accorde moins de poids aux critères liés à la notoriété. Résultat : l’EPFL se classe deuxième au niveau mondial.

Shanghai : l’EPFL toujours en bonne position
Quant au classement le plus renommé : le Classement académique des universités mondiales (ARWU) ou « classement de Shanghai », il a accordé une fois encore en 2012 une très bonne place à l’EPFL. Contrairement à QS ou THE, il se focalise uniquement sur des critères bibliométriques dans sa section Engineering/Technology and Computer Science, excluant tous paramètres liés à la réputation. Conséquence : l’ingénierie de l’EPFL a toujours eu une place de choix parmi les 1200 universités qui sont passée à la loupe depuis 2003 par l’université Jiao Tong de Shanghai.

En 2012, l’EPFL est passée de la 20e à la 18e place en l’espace d’une année dans la catégorie Engineering, Technology and Computer science, dépassant dans la foulée le célèbre California Institute of Technology (Caltech). L’Ecole figure également devant l’EPFZ, qui elle arrive à la 39e place. Un résultat auquel contribuent les facultés STI, IC, SB et ENAC de l’EPFL. Sa progression s’explique par l’amélioration importante de la note donnée pour la quantité d’articles publiés dans les revues influentes, qui est passée de 86,3 à 88,7.

Au niveau européen, l’EPFL est restée à la deuxième place en 2012, derrière l’Université de Cambridge. Pour parvenir au 1er rang, elle devrait abriter davantage de scientifiques hautement cités dans leur domaine de recherche. L’Ecole lausannoise a par contre déjà dépassé Cambridge en termes d’articles indexés dans Web of Science, et possède davantage d’articles publiés dans le 20% des journaux avec le plus fort facteur d’impact.

De manière générale, ces trois classements nous apprennent que la réputation de l’ingénierie à l’EPFL est en train de se construire, et qu’elle ne cesse de s’accroitre depuis 2007. Mais cela prend du temps. Quant à la production scientifique, c’est-à-dire les publications et les citations, elle est très encourageante et doit être maintenue.

Classement QRED : après la Bioingénierie, les matériaux
Le positionnement mondial de l’ingénierie à l’EPFL semble donc clair. Mais qu’en est-il des instituts, considérés de manière indépendante ? Basé uniquement sur des données bibliométriques, le classement QRED, lancé en 2011 par la faculté des Sciences et Techniques de l’Ingénieur (STI), apporte un éclairage sur la question. Destinée dans un premier temps à l’usage interne, cette étude, qui ne prend en compte que les performances scientifiques des chercheurs en termes de publications et de citation, a finalement été publiée en ligne, à titre d’information. Concentrée jusqu’ici sur la Bioingénierie, elle s’est attaqué cette année au département des matériaux. Les résultats 2012 viennent de sortir, et ils sont assez parlants.

Matériaux : l’EPFL dans le top 5
Comme dans les autres classements mondiaux, les universités américaines figurent en tête de la liste, qui rassemble 28 universités, parmi lesquelles 11 se situent aux USA et 17 en Europe. L’EPFL, elle, se classe à la 10e place au niveau mondial, et à la 4e place au niveau européen.

Les deux critères ayant été pris en compte sont le nombre de papiers publiés dans Web of Science en 2009 (50%), et le nombre de fois où ces publications ont été citées durant les deux années suivantes (50%). «Cette année, la méthodologie a été optimisée par rapport à celle du QRED 2011, qui concernait uniquement la Bioingénieirie », indique Natacha Blanc, statisticienne ayant dirigé le projet. « Cette fois-ci, nous n’avons pris en compte que les Professeurs ordinaires, Professeurs associés, professeurs titulaires et les Professeurs assistants tenure track (PATT), excluant ainsi les maîtres d’enseignement et de recherche (MER), ou encore les chercheurs associés ou invités. Par ailleurs, nous avons englobé les citations apparaissant deux ans après une publication, en lieu et place d’un an », ajoute-t-elle. Résultat : l’étude a porté au total sur 720 professeurs, sur plus de 5000 publications et près de 45’000 citations.

Quelques particularités du classement
Les résultats du QRED 2012 section matériaux sont parfois étonnants. Le prestigieux MIT, par exemple, arrive à la 12e place, soit deux rangs derrière l’EPFL. « Le MIT est au top en ce qui concerne les citations par publication, mais à la traîne pour les publications par professeur», indique Natacha Blanc. L’EPFL obtient elle des résultats plus équilibrés. Elle se situe à des rangs similaires pour les deux indicateurs (nombre de publications et citations par publication). Natacha Blanc rappelle en outre qu’à l’EPFL, « 1 prof sur 5 fait partie des 10% des professeurs ayant le plus de citations par publication. Le taux de citations est donc excellent ». Quant à l’Université de Californie à Santa Barbara (UCSB), qui figure en tête de ce classement, elle est extrêmement performante tant en ce qui concerne les publications, que les citations par publication. Comment faire dès lors afin que l’EPFL puisse rivaliser avec cette institution ? « Augmenter le nombre de publication, tout en maintenant le nombre de citations par publication», commente la statisticienne.  

 

Quelques questions à Harm-Anton Klok, directeur de l’institut des matériaux :

Êtes-vous surpris par les résultats de ce classement ?
Non. Je pense que l’EPFL s’en sort bien et qu’il n’y a pas de honte à avoir. En termes de points, nous nous situons près de Zurich et Cambridge, ce qui me paraît juste.

Pourrons-nous un jour rentrer en compétition avec les Etats-Unis ?
Oui, pourquoi pas. L’EPFL a les moyens et les infrastructures nécessaires pour se hisser dans le haut du classement. Il est vrai toutefois que les USA ont une longue et forte tradition en science des matériaux, mais nous pouvons y arriver.

Et comment faire, selon vous, pour améliorer le score de l’institut des matériaux ?
Notre score va s’améliorer prochainement. Ces dernières années, notre département est parvenu à recruter des scientifiques prolifiques, émanant des plus grandes universités. Nous avons notamment accueilli deux professeurs du MIT, dont la production scientifique n’est pas prise en compte par ce ranking. Le travail de promotion de Patrick Aebischer et son dynamisme rendent de tels recrutements possibles. Il s’agit également pour les personnes en place de continuer à fournir un travail de qualité.

Bioingénierie : l’EPFL toujours première d’Europe en 2012
Les résultats 2012 pour la Bioingénierie sont quant à eux stables comparé à 2011. Dans cette section du QRED, qui comprend 15 universités (9 d’Europe et 6 des Etats-Unis), l’EPFL conserve la 3e place du classement derrière l’UCSD et le MIT, et la première place au niveau européen. Le top 3 reste donc inchangé. La différence émerge toutefois du classement des viennent-ensuite. L’université d’Oxford est ainsi passée de la 12e à la 5e place, et l’Imperial College de la 11e à la 4e place. Des différences qui s’expliquent probablement par un changement de méthodologie, adopté par l’équipe des statistiques. « En ne sélectionnant que les professeurs, nous avons exclu certains scientifiques qui ne publiaient pas dans ces universités. La moyenne des publications par professeur a donc augmenté », commente Natacha Blanc. Reste à savoir si l’EPFL pourra continuer à maintenir sa position de leader européen dans les années à venir.

 

Interview Jeffrey Hubbell, directeur de l’institut Interfacultaire de Bioingénierie

Êtes-vous satisfait des résultats du classement QRED 2012 ?
Très satisfait. Ce classement confirme nos impressions quant à la place que nous occupons par rapport aux autres universités. Il prouve que nous sommes très compétitifs en Europe et aux Etats-Unis. Bien sûr nous sommes encore loin de certaines institutions telles que le MIT, mais nous essayons d’atteindre leur niveau d’excellence.

Est-il réellement possible de rivaliser avec de telles universités ?
Bien sûr. Notre département de bioingénierie est jeune, il date de 2004. Plusieurs professeurs engagés ces dernières années sont encore au début de leur carrière académique. Ils publieront sans doute davantage dans quelques années, ce qui améliorera encore nos statistiques. Mais notre but premier n’est pas d’obtenir de meilleurs chiffres dans le classement, nous voulons avant tout garantir l’excellence de notre département.

La nouvelle méthodologie de QRED est-elle adéquate, selon vous ?
Etant donné qu’elle n’est basée que sur des données scientifiques, cette méthodologie est tout à fait valide, et beaucoup plus impartiale que celles que l’on peut trouver dans d’autres classements. Il y a eu un grand travail de tri afin d’établir une sélection entre les professeurs de chaque université, de manière à laisser de côté le staff effectuant uniquement de l’enseignement, et ne publiant probablement pas ou peu. Concernant les citations, il serait bien de les prendre en compte sur une durée plus longue que deux ans, mais cette période est déjà très raisonnable. Cela donne un bon aperçu des performances actuelles de tous les pairs concernés.

 

La tendance à classer les universités par département
A noter que la tendance à classer les universités par discipline, comme le fait le QRED, est en train de s’étendre. Le classement QS, notamment, a commencé depuis 2011 à séparer les domaines pour ses analyses. La mécanique et l’électronique ont déjà fait l’objet d’un classement.

Critères selon les classements

QS ranking :
50% du classement QS repose sur des critères liés à la réputation.
– réputation selon les pairs (40%),
– réputation selon les employeurs (10%)
– citations par professeur, qui apparaissent dans la base de données bibliographique SciVerse Scopus (20%)
– nombre de professeurs par étudiant (20%)
– proportion d’étudiants internationaux (5%)
– la proportion de professeurs internationaux (5%).

THE ranking:
– enseignement (30%)
– dimension internationale de l’Université (5%)
– contributions industrielles (2,5%)
– recherche en termes de volume et de réputation (30%)
– citations (32.5%).

ARWU-ENG:
– nombre de scientifiques cités dans leur domaine de recherche(HiCi)
– nombre d’article indexés dans Web of Science, un catalogue de données universitaires en ligne(PUB)
– quantité d’articles publiés dans le 20% des journaux avec les plus forts facteurs d’impact (TOP).
QRED:
– nombre de publications scientifiques par professeur (50%) (Le terme « publication » inclut les articles et les conférences.)
– nombre de citations par publication (50%) sur une période de deux ans après la publication.


 

Classement de Leiden : EPFL 1ère en Europe
Estimé par la communauté internationale et basé uniquement sur des données bibliométriques, le classement de Leiden, qui analyse un total de 500 universités, apporte lui aussi un éclairage intéressant. Toutefois, il ne se focalise pas sur les différentes disciplines. Seules les Ecoles dans leur ensemble sont prises en considération. En 2012, notons que ce ranking place l’EPFL à la 12e place, ce qui lui permet de décrocher la première place au niveau européen. Deuxième université européenne du classement, l’EPFZ se situe quant à elle à la 18e place.