« Les étudiants me donnent un feedback chaque semaine »

Francesco Mondada, plébiscité par les étudiants, a reçu un prix Polysphère 2012, qui récompense le meilleur professeur de la faculté des Sciences et Techniques de l’Ingénieur. Un prix qui vient compléter celui que la direction lui avait décerné en 2011, afin de saluer ses qualités d’enseignant. Quel est donc le secret de ce scientifique d’origine tessinoise ? Il nous livre sa recette dans une interview.

« Compétent et très drôle », « support de cours impeccable », « réel souci pédagogique », « passionné par ce qu’il fait ». C’est ainsi que les étudiants dépeignent Francesco Mondada, maître d’enseignement et de recherche à l’EPFL, et père du très populaire festival annuel de robotique. Sa notoriété, il la doit à une adaptation constante de ses cours, et à la proximité qu’il entretient avec les étudiants. Durant sa carrière d’enseignant en robotique, il a déjà récolté deux Polysphères (2006-polysèhère d’or- et 2012) et un Crédit Suisse award for best teaching (2011).

A votre avis, qu’est-ce qui est important pour rendre un cours intéressant?
Il me paraît essentiel d’établir des liens entre les différents enseignements donnés à l’EPFL. Depuis plusieurs années, j’effectue en ce sens un travail de coordination entre différents professeurs, de manière à ce que nous travaillions de concert et en utilisant les mêmes supports. Lors de mon cours de travaux pratiques, par exemple, chacun reçoit un robot appelé « e-puck » (ci-contre). Un outil d’apprentissage que les étudiants peuvent emporter à la maison et sur lequel il faut effectuer différentes opérations. Pas moins de 5 professeurs utilisent également ce robot durant leurs leçons.
Il s’agit également de sortir les étudiants de la théorie qu’ils ont emmagasinée pour les amener dans le concret, et les inciter à s’impliquer. Après chacun de mes cours, je mets à leur disposition un quizz sur l’outil internet « moodle », ce qui leur permet de vérifier s’ils ont bien compris ce dont nous avons parlé. J’utilise énormément cet outil web, que ce soit pour la distribution des copies de cours, la diffusion des données et du logiciel liés aux exercices, ou pour faire passer les tests et communiquer les notes

Y a-t-il une recette magique à appliquer en tout temps ?
Il me semble important d’essayer de se mettre dans la peau des étudiants, et d’écouter leurs revendications, même si on ne s’y plie pas forcément. En ce qui me concerne, je leur donne la possibilité de me donner un feedback chaque semaine. Ils peuvent remplir un document en ligne de manière anonyme, afin de donner leur avis sur mon enseignement. Je prends également le temps d’expliquer toutes mes démarches, et l’utilité de certains procédés. Cela passe mieux.

 Les étudiants ont dit de lui :
– S’implique dans des activités extracurriculaires, aime ce qu’il fait, sait transmettre son savoir.
– Le cours de microinformatique, qui comprend la programmation du robot e-puck est très bien. Le cours est évalué au travers de deux tests quizz.
– Proche des étudiants
– Très bon pédagogue. Le cours est très bien structuré et les outils mis à disposition sont exemplaires.
– J’apprécie sa promotion active de la science et de la faculté STI auprès des jeunes et du public.
– Son cours est très prenant
– Très sympathique et très bien organisé.
– Excellente méthode de travail


Que pensez-vous du concept de cours en ligne, qui se développe de plus en plus actuellement ?

A mon sens, il y a de bons et de mauvais côtés dans cette méthode. Le fait de pouvoir atteindre plus de gens possible est très positif. Par contre, je ne sais pas s’il est possible de transmettre son enthousiasme et sa passion de manière aussi efficace que lorsque l’on a une classe en face de soi. Après un cours traditionnel, n’importe quel étudiant peut venir poser sa question, et cela permet de créer un contact, et même parfois de plaisanter sur un sujet ou l’autre. Avec le système des cours online, beaucoup de questions sont envoyées par email. L’échange n’est pas le même. C’est un peu comme passer de l’artisanat à la production industrielle.

De manière générale, vous êtes extrêmement investi dans la formation : vous avez créé le robot éducatif Thymio II, lancé le festival de robotique…d’où vous vient cette passion?
J’ai moi-même étudié la microtechnique à l’EPFL. Je suis très attaché à ce domaine, ainsi qu’à l’Ecole, et j’aime communiquer ma passion. Je pense par ailleurs qu’il est très important de sensibiliser les gens à la technologie dès le plus jeune âge. La robotique n’est pas toujours vue d’un bon œil de la part de la population : certains considèrent que les robots n’ont pas leur place dans la société, parce qu’ils écartent l’humain de certaines tâches. Cela crée un débat, et il est important d’être bien informé pour le mener.
Quant à toutes mes activités annexes-festival de robotique (ci-dessus), Thymio, etc., j’ai la chance d’être rattaché au laboratoire d’Hannes Bleuler, qui partage les mêmes valeurs que moi au niveau de la formation, et qui me donne le cadre nécessaire pour mener ces projets à bien.

 

Courte Bio
Dr. Mondada a reçu son master en microtechnique en 1991 et terminé son doctorat en 1997 à l’EPFL. Durant sa thèse, il a co-fondé la compagnie K-team, dont il a été durant 5 ans directeur et président. Il est l’un des trois concepteurs du robot Khepera, considéré comme une référence en matière de robotique bio-inspirée, et utilisé par plus de 1000 universités et centres de recherche dans le monde. En 2000, après un court passage à CALTECH, il a participé au projet SWARM-BOTS, en développant la plateforme s-bot. En 2006, cette plateforme a obtenu la 39e place du classement des « 50 meilleurs robots au monde », publié par le journal Wired. Francesco Mondada est l’auteur de plus de 100 publications dans le domaine de la robotique bio-inspirée et du design de robots mobiles, mais aussi le co-éditeur de plusieurs rendus de conférences internationales. En 2005, il a reçu l’EPFL Latsis University prize pour ses contributions à la biorobotique. Il s’intéresse notamment au développement de solutions mécatroniques innovantes pour les robots mobiles et modulaires. Il est le père du festival de robotique de l’EPFL, lancé en 2008, et a créé récemment le robot éducatif et programmable Thymio II, qui commence à être utilisé dans les écoles, pour initier les plus jeunes à la programmation.

Les prix :

Le polysphère
Chaque année, les étudiants ont l’occasion de désigner le professeur de chaque facutlé qui, selon eux, a le plus de mérite. Le professeur récoltant le plus de voix recevra la "Polysphère d’Or", le prix des étudiants, soutenu par la Direction de la Formation de l’EPFL. Le montant de cette récompense (10’000 francs) doit obligatoirement être attribué au laboratoire du lauréat.
Les prix sont remis lors de la Magistrale (cérémonie de remise des diplômes et des prix), chaque automne.

Crédit Suisse Award for best teaching
Ce prix est offert par la "Credit Suisse Foundation". D’une valeur de 10’000 francs, il est remis annuellement à une personne ou une équipe pédagogique pour sa contribution à l’Ecole dans le domaine de la formation.