Microcity : l’EPFL prend ses quartiers

Les scientifiques de l’Institut de Microtechnique à Neuchâtel sont en train d’investir les locaux flambants neufs du nouveau bâtiment Microcity. Reportage au milieu des cartons, dans le nouveau campus neuchâtelois de l’EPFL.

Depuis qu’il a reçu les clés du bâtiment Microcity, au début du mois de septembre, l’Institut de microtechnique de l’EPFL (IMT) sis à Neuchâtel, est en plein chamboulement. Pas moins de 200 collaborateurs émanant de neuf chaires sont en train de prendre possession des 8’000m2 net qui leur sont dévolus dans le nouvel édifice.

Haut de quatre étages et troué en son centre par deux vastes puits de lumière, Microcity se situe au cœur de ce qui devrait devenir à terme un des plus grands centres de compétence microtechnique d’Europe, dans une région célèbre pour son industrie horlogère. Financé à hauteur de 71,4 millions de francs par l’Etat de Neuchâtel, le bâtiment rassemble toutes les activités de l’institut de microtechnique de Neuchâtel, autrefois éparpillées sur plusieurs sites. Outre l’EPFL, il abrite le Parc scientifique neuchâtelois Neode, incubateur de start-ups. Sa proximité avec le Centre Suisse d’Electronique et Microtechnique (CSEM) devrait logiquement entraîner la formation de belles synergies. Mais pour l’instant, l’heure est aux cartons.

Auditoire et vue sur le lac
«Le bâtiment est encore très épuré, nous allons recevoir du mobilier. Il nous faudra encore un peu de temps afin d’ «habiter» véritablement les lieux», explique l’adjointe du directeur de l’Institut de Microtechnique, Marcella Giovannini. A l’entrée, le vaste hall silencieux, le plafond gris et les murs immaculés paraissent en effet bien nus. Pourtant, le bâtiment «vit» déjà. Le grand auditoire de 180 places, situé au rez supérieur, a déjà accueilli plusieurs soutenances de thèse et les bureaux, dotés pour la plupart d’une superbe vue sur le lac, ont pratiquement tous été investis.

Au 3e étage, Pierre-André Farine, du Laboratoire d’électronique et traitement du signal (ESPLAB), confie: «Je suis content d’être plus proche des gens de l’optique et du laboratoire de Nico de Rooij, avec lequel je collabore beaucoup. Auparavant, je devais naviguer entre deux emplacements.» Autre point positif : la proximité avec le CSEM. «Cela devrait permettre de développer des liens forts.»
Doté d’infrastructures spacieuses et très modernes (salle grise de 700m2, atelier, espaces de vie, terrasses multiples, parking de 260 places), le bâtiment, qui répond aux normes Minergie ECO, est également pourvu d’une cafétéria lumineuse de 410m2 donnant sur le lac et ouverte au public. «Nous espérons que les employés du CSEM fréquenteront ce restaurant, car c’est aussi dans ce genre d’endroit que se créent les réseaux», évoque Marcella Giovannini.

1’500m2 de panneaux solaires
Sur le toit, mis à la disposition des services industriels neuchâtelois (Viteos), les techniciens peaufinent l’installation de 1 500m2 de panneaux solaires, destinés à produire environ 200MWh par année. La plus grande partie est constituée de cellules à haut-rendement que l’on trouve dans le commerce. Une place a aussi été laissée aux modules commerciaux micromorphes et à hétérojonction, deux technologies développées au sein du Laboratoire de photovoltaïque et couches minces électroniques (PV-LAB). «Parmi ces installations, nous disposons d’une zone de 83 modules sur une surface de 300m2. Nous pourrons ainsi comparer différents modèles de panneaux solaires commerciaux dans des conditions d’opération et de vieillissement identiques. Mais surtout, il s’agira de tester les performances de nos propres prototypes, qui feront partie des technologies de demain», se réjouit Aïcha Hessler-Wyser, du PV-LAB.

Jusqu’à 14 chaires
Actuellement centrées sur le «green manufacturing», le développement de moteurs à ultra-basses consommation, ou encore les cellules photovoltaiques à couches minces, l’Institut vise à développer ses activités, tout en maintenant un lien très fort avec l’industrie horlogère. «Nous n’avions encore jamais été tous réunis dans un même bâtiment. Cette nouvelle configuration est très intéressante et devrait se révéler très productive», commente Marcella Giovannini. D’ici à 2015, l’IMT devrait disposer de 14 chaires, et le nombre de collaborateurs sur tout le site s’élever à plus de 600. Par la suite, il est encore prévu de créer deux chaires supplémentaires. «Cette croissance aurait été impossible sans la construction du nouveau bâtiment Microcity», évoque Christian Enz, directeur de l’Institut de Microtechnique. «Ce bâtiment permettra de renforcer toutes les activités microtechniques, en particulier dans le domaine du manufacturing, des capteurs et actuateurs miniaturisés et des microsystèmes intelligents. Il s’agira aussi d’améliorer le transfert de technologie par le biais du rapprochement avec le CSEM et Neode.»

Le nom du nouveau campus comprenant le bâtiment Microcity, le CSEM, la Haute Ecole Arc et Néode sera révélé prochainement par l’Etat de Neuchâtel. S’en suivra l’inaugration de Microcity, le 8 mai 2014.

 

IMT & EPFL en dates :

2009 : l’Institut de Microtechnique de l’Université de Neuchâtel est rattaché à l’EPFL.
           L’IMT compte  alors six chaires.
2010:  Le projet Microcity est retenu au terme d’un concours remporté par le
           bureau d’architecture  et d’urbanisme Bauart, associé à l’entreprise totale ERNE.
2011 : Pose de la première pierre de Microcity.
2012 : Création d’une chaire Patek Philippe
2013 : Création d’une chaire en conception mécanique (IGM)
           Création d’une chaire pour la conception de circuit intégrés         
2014 : Inauguration de Microcity
           Création d’une chaire en métallurgie sponsorisée par PX holding (IMX) au sein de l’IMT
2015-… : création de 4 chaires supplémentaires

 

Trois questions à l’architecte :

Emmanuel REY, associé du bureau Bauart Architectes et Urbanistes SA et professeur au Laboratoire d’architecture et technologies durables (LAST)

Qu’est-ce qui fait de Microcity un bâtiment unique ?

Microcity a été conçu comme une petite cité. L’édifice présente une volumétrie à la fois compacte et aérée, ce qui a permis de générer un parc public à l’extérieur et des plateformes ouvertes et communicatives à l’intérieur.

Quelles sont ses qualités écologiques ?

La démarche s’inscrit dans une logique de densification urbaine, à proximité immédiate des réseaux de transports publics et de mobilité douce. L’édifice se caractérise ensuite par une série de mesures environnementales, liées notamment à l’efficience énergétique. Nous avons par ailleurs choisi des matériaux à écobilans favorables et avons privilégié la gestion écologique des eaux pluviales.  

Y avez-vous introduit des technologies novatrices ?

Une des spécificités technologiques réside dans le mode de construction de la structure: elle est constituée d’éléments préfabriqués hybrides en bois-béton, ce qui réduit simultanément le temps de chantier et la consommation d’énergie grise (réd. l’énergie nécessaire à la fabrication d’un matériau). Microcity est également un moteur pour l’intégration des énergies renouvelables dans le quartier, tant par la toiture solaire photovoltaïque que par le réseau d’eau du lac pour le rafraîchissement des locaux.

Texte: Laure-Anne Pessina
Photos: Alain Herzog