Quatre chercheuses STI décrochent des bourses «SNSF ERC»

La faculté des Sciences et Techniques de l’Ingénieur a obtenu quatre bourses prestigieuses «SNSF Grants», mises au concours par le FNS en remplacement temporaire des ERCs. Les chercheuses Anna Fontcuberta i Morral, Stéphanie Lacour, Aleksandra Radenovic et Sophia Haussener se sont démarquées parmi plus de 200 candidatures.

D’un montant pouvant atteindre les 2 millions de francs, les bourses «SNSF Grant» font partie du programme transitoire «Temporary Backup Scheme», mis en place par le Fond National suisse de la Recherche scientifique (FNS), en remplacement temporaire des bourses du conseil européen de la recherche (CER ou ERC).

Les «SNSF Starting Grants» et les «SNSF Consolidator Grants» sont des bourses dont la durée, le niveau et les conditions de financement correspondent à ceux du Conseil européen de la recherche (ERC). Au total, l’EPFL en a obtenu 11.

Au sein de la faculté des Sciences et Techniques de l’Ingénieur, quatre scientifiques ont été sélectionnées pour bénéficier des ces prestigieuses récompenses. Les trois chercheuses Anna Fontcuberta i Morral, Stéphanie Lacour et Aleksandra Radenovic ont obtenu chacune un «SNSF Consolidator Grant», et Sophia Haussener un «SNSF Starting Grant».

D’une durée de cinq ans, ces bourses récompensent des projets innovants et des résultats scientifiques très prometteurs. Elles permettent aux bénéficiaires de mener une recherche indépendante et autonome.

A noter que depuis le 15 septembre 2014, les chercheuses et chercheurs basés en Suisse peuvent à nouveau déposer des requêtes auprès du CER. Le FNS ne délivrera donc plus de bourses de ce type à l’avenir.

«SNSF Starting Grants»
Dossiers de candidature: 142
Bénéficiaires : 27
Lauréats EPFL : 4, dont 1 lauréate STI

«SNSF Consolidator Grants»
Dossiers de candidature: 111
Bénéficiaires : 21
Lauréats EPFL : 7, dont 3 lauréates STI

Anna Fontcuberta i Morral :
Earth Abundant Semiconductors for next generation Energy Harvesting (EASEH)

Dans le domaine des panneaux solaires, le Silicium domine le marché. Or il ne présente pas une efficacité optimale. Dans le cadre de sa bourse SNSF Consolidator Grant, Anna Fontcuberta i Morral (IMX) va étudier plusieurs matériaux semi-conducteurs présents en abondance sur notre planète, afin de développer des cellules solaires peu chères et très efficaces. La chercheuse va investir dans un système d’épitaxie par jets moléculaires, pour produire et étudier du phosphure de zinc. Ce matériau semi-conducteur prometteur pourrait présenter une alternative au Silicium, et se révéler utile pour d’autres sortes d’applications.

Stéphanie Lacour :
Soft bioelectronics for bidirectional neural implants (SOFT)

Spécialisée dans l’électronique flexible à base d’élastomères, Stéphanie Lacour (IMT/IBI) va explorer le design et la fabrication d’implants neuronaux souples et insérables dans le cerveau. La motivation est la réalisation d’implants qui pourront s’intégrer de manière durable dans le tissu biologique. Un challenge qui va requérir la manipulation de nouveaux matériaux, en particulier des polymères adaptifs, et leur intégration en dispositifs implantables. Les nouveaux implants seront également bidirectionnels, permettant lecture et/ou écriture d’information dans le cerveau et seront évalués sur le long terme dans des modèles animaux.

Radenovic Aleksandra :
Viscosity gradient in 2D material nanopores as a new playground for biophysics

En faisant passer des molécules d’ADN à travers de minuscules trous présents sur des matériaux en deux dimensions, il pourrait être possible d’effectuer du séquençage ADN. Tel est l’axe de recherche d’Aleksandra Radenovic (IBI). Diluées dans un liquide ionique, les molécules d’ADN sont poussées par un champ électrique à travers de petits orifices appelés nanopores, où elles créent une infime perturbation dans le courant ionique. Ce phénomène permet de détecter le passage d’une molécule d’ADN. Or les systèmes actuels ne sont pas au point dans la phase précédant le séquençage : les trous ont tendance à se boucher, et l’ADN effectue un passage trop rapide à travers les nanopores. Après avoir étudié le graphène pour effectuer la détection de l’ADN, Aleksandra Radenovic va se pencher sur la molybdénite. Dans ce matériau, les nanopores ne sont pas collants, ce qui devrait permettre de se débarrasser du problème des trous bouchés. Le problème de la rapidité devrait quant à lui être résolu en utilisant du liquide ionique à température ambiante, afin d’augmenter la viscosité du liquide, et de fait, ralentir le passage des mollécules d’ADN à travers les orifices.

Sophia Haussener :

Strategic Computation and Optimization of Unified Templates for Solar Fuels (SCOUTS)

Depuis de nombreuses années, les chercheurs essaient d’imiter la photosynthèse naturelle des plantes, afin de convertir l’énergie solaire en carburant stockable. Les approches photoélectrochimiques (PEC) ont fait l’objet d’études de la part de la communauté scientifique internationale depuis près de 40 ans. Or les recherches se sont largement focalisées sur le développement de matériaux plus efficaces, et sur l’optimisation de chaque composant de manière idépendante d’un dispositif possible. Sophia Haussener propose quant à elle d’utiliser les matériaux existant, jugés suffisamment efficaces, et de travailler sur leur intégration dans un appareil performant et peu cher. La chercheuse utilisera des simulations multi-échelles et multi-physiques, qui lui permettront d’identifier les meilleurs matériaux possibles, les combinaisons optimales, ainsi que les meilleurs designs et conditions de fonctionnement. L’idée consiste à établir un prototype virtuel prédictif pour que les chercheurs puissent comparer l’efficacité, les performances et la stabilité sur le long-terme de différents dispositifs. Ce « guide » devrait pouvoir s’appliquer à une grande variété de dispositifs, dont les systèmes « particle-based » ou encore ceux qui fonctionnent à de conditions extrêmes. A terme, il s’agira de permettre une implantation industrielle à large échelle des PEC pour carburant solaire.

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Texte: Laure-Anne Pessina
Photo: Alban Kakulya